Plus de 75% des biens en médina — que ce soit à Marrakech, Fès, Meknès ou dans les zones rurales et agricoles du Maroc — sont en régime Melkia. Ce n'est pas une anomalie, ni un signe de problème : c'est simplement la réalité historique d'un patrimoine bâti avant que le système foncier moderne n'existe. Ces biens se transmettent, s'achètent et se vendent chaque jour. Il faut juste savoir comment les aborder.
Chez Miraj Management, nous accompagnons des investisseurs dans l'achat et la rénovation de riads et maisons anciennes. Ce que nous avons appris sur le terrain depuis 2024 : avec le bon audit, les bons partenaires et les bonnes procédures, une situation foncière complexe se résout — et elle ne doit pas vous faire fuir un bien par ailleurs excellent. Voici les points de vigilance à connaître, et comment nous vous aidons à les naviguer sereinement.
Piège 1 : La Melkia vs Titre Foncier — et pourquoi la différence peut coûter une fortune
Première distinction critique : tous les documents fonciers ne se valent pas. En droit marocain, il existe deux catégories radicalement différentes.
Titre Foncier (Immatriculé)
C'est le document le plus sécurisé en droit marocain. Il est enregistré auprès de la Conservation Foncière avec un numéro d'immatriculation unique, incontestable en cas de conflit. À noter : lors d'une transaction, ce ne sont pas les frais de titre qui sont à votre charge, mais les frais de transmission et d'enregistrement — environ 8% du prix d'achat — qui couvrent les droits de mutation, l'enregistrement et les frais d'acte.
Melkia (Acte Adoulaire Non Immatriculé)
C'est un acte établi devant un adoul (notaire public traditionnel), valide et reconnu par la loi marocaine — mais sans immatriculation à la Conservation Foncière. La grande majorité des biens en médina et dans les zones rurales sont en Melkia. Ce régime n'est pas un obstacle à l'achat : il demande simplement une vigilance accrue sur la chaîne de propriété et, si vous souhaitez régulariser, le déclenchement d'une procédure de titrage.
Exiger systématiquement un titre foncier avant d'acheter est une approche qui vous fera passer à côté des meilleurs biens — et qui fera doubler leur prix. La bonne démarche : s'appuyer sur un adoul de confiance et sur les procédures légales en place pour sécuriser et régulariser la situation. C'est précisément là qu'interviennent nos partenaires chez Miraj, qui pilotent ce type de dossier régulièrement.
Ce qu'il faut faire
Deux options existent selon votre profil. Un investisseur étranger peut acheter sur la base d'un numéro de réquisition — c'est le numéro de demande du titre foncier en cours d'instruction. Une réquisition est une garantie à 95% que le titre sera obtenu. Un acheteur marocain peut acquérir sur la base d'un istimrar (acte de continuation), bien que nous le déconseillions car moins sécurisé. Dans les deux cas, la procédure de titrage complète dure au maximum 12 mois et coûte entre 10 et 12% du prix du bien — frais d'adoul, droits d'immatriculation à la Conservation Foncière inclus. C'est l'adoul, et non le notaire classique, qui pilote cette procédure.
Piège 2 : L'indivision successorale — quand des dizaines d'héritiers ont chacun un veto
Scénario extrêmement fréquent en médina : un riad appartient théoriquement à une personne, mais en réalité le propriétaire est décédé, et ses enfants (souvent 5 à 15, dispersés en France, Belgique, Canada, Koweït) sont co-propriétaires indivis.
La loi marocaine de succession (basée sur le droit musulman) divise automatiquement les biens entre les héritiers en fonction de leur degré de parenté. Si le bien n'a jamais fait l'objet d'un partage judiciaire, tous les héritiers sont légalement propriétaires, ensemble, du même bien. Aucun n'a le droit de le vendre ou de le modifier sans l'accord écrit de tous les autres.
Le risque en pratique
Vous achetez un riad. Le vendeur vous dit qu'il est le seul propriétaire. Son notaire vous le certifie. Vous signez. Six mois plus tard, après avoir investi 400 000 MAD en rénovation, un de ses demi-frères — vivant à Montréal, que personne n'avait contacté — envoie une mise en demeure à votre adresse. Il prétend que le bien appartenait aussi à son père décédé, donc à lui aussi. Tout ce que vous avez fait est contesté. Votre notaire vous dit : "J'aurais dû demander un acte de notoriété pour tous les héritiers."
Nous intervenons régulièrement sur ce type de situation. Avec le bon audit et les bonnes procédures, un dossier d'indivision se résout — il ne doit pas faire fuir un investisseur d'un bien par ailleurs excellent.
Ce qu'il faut faire
Exiger un acte de notoriété complet. C'est un document établi par un notaire qui confirme : qui était le propriétaire enregistré, qui a hérité après son décès, qui a accepté l'héritage, qui a renoncé. Cet acte doit être signé par tous les héritiers — ou du moins, il faut une preuve que chacun a été contacté et a donné son accord écrit.
Si le vendeur hésite à demander cet acte, c'est un signal d'alarme. Cela signifie qu'il n'est pas certain que tous les héritiers sont d'accord. Ne passez pas à l'achat.
Le coût : 200 à 400 MAD auprès d'un notaire. Le délai : 2 à 4 semaines pour contacter tous les héritiers et recueillir leurs signatures.
Piège 3 : Les servitudes et droits de passage cachés — la derb qui vous emprisonne
En médina, l'immobilier ne fonctionne pas comme en ville moderne. Il n'y a pas de rues larges et rectilignes. Il y a des derbs — des ruelles étroites, privées ou semi-privées. Pour accéder à votre riad, vous devez passer par une derb. Et il se peut que votre droit de passage soit limité ou grevé.
Une servitude de passage concerne le droit d'accès aux propriétés via les espaces communs — en médina, le derb. Ce qui est important à comprendre : en droit marocain, aucun voisin ne peut revendiquer le droit de traverser votre propriété privée pour accéder à la sienne. L'accès se fait toujours par le derb commun, jamais par l'intérieur d'un riad ou d'une maison. Les servitudes réelles concernent plutôt : l'obligation de laisser circuler des eaux communes sur votre terrain, le droit d'usage sur une terrasse mitoyenne, ou des servitudes de vue et de lumière issues de la configuration ancienne des maisons.
Ces droits sont souvent très anciens, pas toujours documentés clairement, et régulièrement contestés.
Un exemple concret
Un investisseur achète un riad en médina. Il veut surélever d'un niveau pour créer une suite supplémentaire. Au moment du dépôt de permis, l'architecte découvre qu'une servitude de vue existe sur la terrasse mitoyenne — le voisin bénéficie d'un droit d'ensoleillement inscrit dans un acte ancien. Sans son accord écrit, la surélévation est bloquée. Les négociations prennent plusieurs mois. Le projet est redessiné à la baisse. Un audit foncier préalable aurait identifié cette contrainte en deux semaines, avant l'achat, permettant soit de renégocier le prix soit de revoir les ambitions du projet en conséquence.
Ce qu'il faut faire
Faire un audit foncier complet avec un géomètre expert avant d'acheter. Le géomètre va : - Consulter le Titre Foncier (ou la Melkia) pour identifier les servitudes enregistrées - Effectuer un levé topographique du terrain pour identifier les passages réels - Parler avec les voisins pour documenter les usages locaux - Vous remettre un rapport de synthèse avec les risques identifiés et les solutions
Coût : 3 000 à 5 000 MAD. Délai : 1 à 2 semaines.
C'est un investissement qui vous sauve de mois de complications et de dizaines de milliers de dirhams de coûts cachés.
Piège 4 : Le bail emphytéotique (Habous) — vous croyez acheter le bien, mais vous n'achetez que les murs
Beaucoup de terrains en médina, historiquement, appartiennent aux Habous (ou Waqf) — des biens religieux placés sous gestion spéciale selon la loi islamique. Ces terrains ne sont jamais vendus. Ils sont loués pour très longtemps — typiquement 99 ans — avec un bail emphytéotique.
Quand vous achetez un bien sur terrain Habous, ce que vous achetez réellement, c'est le droit d'usage pour 99 ans, plus les constructions qu'il y a dessus. Vous ne devenez jamais propriétaire du terrain. Après 99 ans, tout revient aux Habous sans indemnité.
Les conséquences précises
Sur la revente : La valeur s'effondre au fil du temps. Un bien sur terrain Habous avec 50 ans de bail restants vaut 30 à 40% moins cher qu'un bien identique sur terrain privé. À 10 ans de bail restants, c'est presque invendable.
Sur les rénovations : Vous ne pouvez rien faire sans l'accord des Habous. Vous voudriez ajouter un étage ? Les Habous peuvent refuser. Vous voudriez changer la façade ? Demande formelle. Cela prend des mois et coûte des frais administratifs.
Sur les emprunts : Les banques refusent systématiquement d'hypothéquer un bien sur terrain Habous. Votre seul financement possible : argent comptant ou un prêt personnel.
Ce qu'il faut faire
Vérifier clairement le statut du terrain avant d'acheter. Demander au notaire : est-ce un terrain privé (Titre Foncier complet) ou Habous (bail emphytéotique) ? Combien d'années de bail restent ? Quel est le coût de renouvellement estimé ?
Si c'est Habous, réduisez votre prix d'achat de 30 à 40% par rapport à un bien équivalent en propriété complète. Et calculez la date d'expiration du bail. Un projet de riad sur 99 ans de bail, c'est raisonnable. Sur 25 ans, c'est déjà risqué. Sur 10 ans, c'est une perte garantie.
Piège 5 : La superficie réelle vs déclarée — 50 m² de différence qui changent tout
En médina, les surfaces ne sont jamais exactes. Les bâtiments sont construits en escalier, avec des cours intérieures, des terrasses irrégulières, des pièces qui empiètent les unes sur les autres. Les relevés anciens sont approximatifs. Et souvent — très souvent — les surfaces sont délibérément sous-déclarées pour réduire les taxes.
Exemple : un document dit "riad de 180 m²". En réalité, mesuré correctement, c'est 230 m². Cela change complètement votre projet : la valeur du bien, les coûts de rénovation au m², la catégorie de permis de construire, le prix de revente futur.
Les conséquences précises
Sur les permis : Si votre bien dépasse une certaine surface (souvent 300 m² en zone médina), le permis de construire rentre dans une catégorie différente avec des exigences supplémentaires (normes d'accessibilité, dégagements, etc.).
Sur le coût : Si vous budgétez 3 000 MAD par m² de rénovation pour 180 m² (540 000 MAD total) mais que le bien en fait 230 m² (690 000 MAD), vous manquez de budget et le chantier se bloque.
Sur la revente : Un acheteur futur demandera un levé topographique. Si c'est beaucoup moins que ce qui était annoncé, sa confiance s'écroule. Si c'est beaucoup plus, c'est une bonne surprise — mais vous avez raté une valeur.
Ce qu'il faut faire
Faire un levé topographique indépendant avant signature. Un géomètre avec ses outils (laser, drones si nécessaire) va mesurer précisément le bien, relever tous les volumes, et vous donner la surface réelle.
Coût : inclus dans l'audit foncier mentionné précédemment (500 à 1 000 MAD en sus).
Avec ce levé, vous pouvez négocier le prix à la baisse si la surface réelle est inférieure à ce qui était déclaré. Et vous pouvez budgéter correctement votre rénovation.
Cas d'étude : comment un audit nous a permis de sécuriser un achat en indivision
Riad Derb Gnawa — Médina de Marrakech
Cet investisseur était à trois semaines de signer. Il nous a contactés pour un audit juridique de routine avant signature définitive.
Nous avons découvert que le "propriétaire" était en réalité l'un des sept héritiers d'un père décédé 15 ans plus tôt. Le partage n'avait jamais été fait. Un des héritiers vivait aux États-Unis et n'avait pas encore signé l'acte de notoriété. Sans cette signature, la vente ne pouvait pas être instrumentée légalement.
Notre recommandation : sécuriser l'accord de principe avec un compromis conditionnel, déposer la réquisition en parallèle, et attendre la signature de l'héritier absent — délai estimé : 6 à 8 semaines. L'investisseur a suivi cette approche. Le projet s'est finalement réalisé, dans les meilleures conditions juridiques. Sans audit, il aurait signé dans le flou — et découvert le problème au moment du permis de construire, sans recours simple.
Avant de signer : la checklist complète des 8 vérifications à faire
| Vérification | Qui la fait | Coût estimé | Délai |
|---|---|---|---|
| 1. Titre Foncier complet Demander copie complète directement à la Conservation Foncière. Vérifier le numéro d'immatriculation et l'état des charges. |
Conservation Foncière | Gratuit | 3 jours |
| 2. Acte de notoriété pour tous héritiers Si le propriétaire a vu un bien hérité, exiger signature écrite de TOUS les héritiers. |
Notaire + famille | 200–400 MAD | 2–4 sem. |
| 3. Audit foncier (servitudes, droits réels) Consultation complète des documents, visite des lieux, entretiens voisins. |
Géomètre expert | 3 000–5 000 MAD | 1–2 sem. |
| 4. Levé topographique Mesure précise de la superficie, relevé 3D si complexe. |
Géomètre expert | Inclus ci-dessus | Inclus ci-dessus |
| 5. Vérification bail Habous Vérifier le statut exact du terrain auprès de la Direction des Habous : privé ou Habous ? Combien d'années de bail restantes ? |
Direction des Habous | Gratuit | 3 jours |
| 6. État des dettes et charges Vérifier auprès de la Conservation Foncière l'existence d'hypothèques antérieures, saisies ou charges réelles grevant le bien. |
Conservation Foncière | Gratuit | 1 jour |
| 7. Permis de construire & conformité Si rénovation prévue : vérifier que le bien pourra obtenir les permis. Test avec l'architecte. |
Architecte | 1 000–2 000 MAD | 5–10 jours |
| 8. Visite de conformité aux normes Si le bien sera loué : vérifier les accès, escaliers, électricité, plomberie. Valider que rien ne contrevient aux règlements. |
Inspecteur ou architecte | 500–1 000 MAD | 2–3 jours |
Résumé du coût total d'audit
Entre 5 700 et 8 400 MAD pour vérifier complètement la situation juridique et technique du bien avant d'acheter. Cela représente 0,3 à 0,5% du prix d'un bien de 1,5M à 2M MAD.
Comparé aux risques que cela évite (perte de 500k à 800k MAD en contentieux et retards), c'est l'investissement le plus rentable que vous puissiez faire.
Jamais ne sautez ces étapes parce que "ça prend du temps" ou que "le vendeur presse". Les vendeurs qui pressent sont justement ceux qui ont des choses à cacher.
Les trois erreurs fatales que la plupart des investisseurs font
Erreur 1 : Ne pas avoir son propre conseiller à côté du notaire du vendeur
Le notaire du vendeur n'est pas votre ennemi — et dans bien des cas, il est sérieux et compétent. Mais sa mission première est d'instrumenter la vente pour le compte du vendeur, pas de conduire un audit complet dans votre intérêt. Il ne vérifiera pas systématiquement si un héritier est absent de l'acte, ou si une servitude locale n'est pas documentée. Ce n'est pas sa faute : ce n'est simplement pas son mandat.
Notre recommandation : que vous passiez par le notaire du vendeur ou par le vôtre (c'est vous qui payez, vous avez le choix), assurez-vous d'avoir à vos côtés un accompagnateur avisé — architecte, géomètre ou professionnel immobilier — qui lit et valide indépendamment chaque document avant signature. C'est cette lecture croisée qui vous protège réellement.
Erreur 2 : Croire que le Titre Foncier résout tout
Un Titre Foncier, c'est bon. Mais ce n'est pas magique. Si le Titre Foncier est grevé de servitudes, c'est écrit dedans — et vous êtes lié. Si le bien a été immatriculé de manière frauduleuse (ce qui arrive, rarement), il peut être annulé. Un Titre Foncier peut aussi ne documenter que partiellement la réalité (absence de mention de certains droits de passage locaux).
Un Titre Foncier complet c'est 80% de la sécurité. L'audit foncier, c'est les 20% restants.
Erreur 3 : Ne pas parler avec les voisins avant d'acheter
Les voisins savent. Ils savent s'il y a des problèmes d'eau, d'accès, de bruit, d'humidité, de disputes de limites. Ils savent s'il y a eu des inondations. Parlez avec eux. Écoutez. C'est gratuit et c'est souvent très instructif.
La protection ultime : l'escrow marocain et le compromis conditionnel
Avant de parler d'argent, nous imposons toujours une structure contractuelle : un compromis de vente assorti de conditions suspensives.
Cela signifie : vous signez un engagement, mais le paiement n'est dû que quand les conditions sont remplies. Quelles conditions ? Que l'audit foncier soit satisfaisant. Que l'acte de notoriété soit en place. Que le Titre Foncier soit obtenu (si absent). Que l'architecte valide que le permis de construire est obtainable.
Si une condition n'est pas remplie, vous pouvez annuler sans pénalité.
Beaucoup de vendeurs refusent cette structure. Cela signifie qu'ils savent quelque chose que vous ignorez. N'insistez pas — trouvez un autre bien.
Vous envisagez d'acheter en médina de Marrakech ?
Chez Miraj Management, nous accompagnons chaque investisseur dans la due diligence complète de son bien avant achat, puis dans toute la phase de rénovation et d'exploitation. Votre projet en toute transparence et sécurité.
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